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Valparaiso, le 7 août 2006

07/08/06 02:08

Bonjour!

La Paz et environs, suite et fin:

Depuis mon dernier mail, nous avons encore passé deux jours à la Paz et dans les environs. Nous avons visité le site archéologique de Tiwanako et flâné dans les ruelles de la capitale endimanchée pour « sa » fête annuelle en piquant des images au public des défilés officiels (beaucoup plus intéressant que le défilé lui-même, bien sûr)!

Sucre:

Après La Paz , nous sommes descendues à Sucre en moins de deux, grâce à un saut de puce en avion. Magnifique vol d'ailleurs, au-dessus de montagnes arides, et parfois néanmoins enneigées.

Sucre est une très jolie ville, qui invite à une vita aussi dolce que son nom le laisse supposer. Ce sont des rues aux maisons coloniales blanchies à la chaux, partout des églises blanches aussi. Le climat y est plus doux qu'ailleurs en Bolivie (exceptionnellement, on est à moins de 3000m d'altitude!), on ne gèle pas et l'air est même tiède de jour. Il y a des palmiers et des bougainvilliers sur les places. Les gens y sont souriants et sympathiques, le marché est coloré et si peu « craignos » que le sage Lonely Planet le recommande, même pour y manger! C’est vrai que nous nous y baladons à l’aise sans avoir l’impression que tout le monde se demande comment nous avons bien pu échouer là, comme souvent dans ce genre d’endroit.

Potosí:

Après Sucre, nous sommes allées à Potosí, cité minière qui fut autrefois extrêmement prospère puisqu'on extrayait du Cero Rico (le “Mont Riche”) des quantités astronomiques d'argent. Actuellement, la plupart des filons étant épuisés ou presque, la production a drastiquement baissé. La ville est décrépie, elle sue la pauvreté, alors que partout des monuments de l'époque coloniale rappellent sa splendeur d'entant. De toute manière même au temps de sa splendeur, Potosí n'était riche que pour certains, puisque les conditions de travail des mineurs étaient (et sont) épouvantables, au point qu'on estime à vingt millions le nombre de morts dans les galeries sur 300 ans. Joëlle est allé visiter la mine elle-même (il s'agit actuellement d'une coopérative), affrontant des boyaux de 50cm de diamètre où il fait 40º et nuit noire, les gaz toxiques, la poussière et les risques d'éboulement. Je n'ai pas osé la suivre. Son récit était impressionnant.

Uyuni, le Salar et le désert jusqu'à San Pedro de Atacama:

De là, nous avons pris la direction d'Uyuni: c'est un bled perdu en plein désert dont le seul intérêt est d'être le “camp de base” des excursions dans le célèbre Salar du même nom. Ayant lu dans le guide que les agences ne prévoient pas assez à manger ni à boire et qu'on peut tomber en panne au milieu de nul part sans secours pendant plusieurs jours, nous avons fait quelques provisions d'eau, biscuits, fruits secs et autres toblerones (ces derniers bizarrement vendus sur tous les étals de rue de Bolivie, dans ses trois couleurs et meilleur marché qu'en Suisse, alors qu'ils sont hélas introuvables au Chili, au Pérou et en Equateur, comme tout chocolat convenable. On garde espoir pour l'Argentine. Mais je digresse.). Ainsi que des réserves de chaussettes, ponchos, gants et autres lainages supplémentaires, pour autant que ce soit possible, en prévisions des glaciales nuits de la région la plus froide de Bolivie, où la température peut selon le guide descendre à moins 40° (on n'en est de loin pas arrivé là, heureusement!).

Une fois équipées, nous sommes parties en “voyage organisé” de 6 personnes, dans une jeep, avec: un guide-chauffeur (qui avait mené un groupe sur un 5000m le jour précédent et réparé la jeep presque toute la nuit, et en conséquence peinait à garder les yeux ouverts sur les bouts trop droits. Nombreux dans le Salar. Nous on peinait à trouver des sujets de conversation, sur la fin&hellip ;-), et une cuisinière de quinze ans qui travaille depuis qu'elle en a dix. Une Anglaise à chapeau de nain et une Allemande qui dort avec son élan en peluche. Un Californien très insupportable, qui n'hésitait pas à disparaître subtilement en laissant les autres monter les sacs (dont le sien) sur le toit de la jeep, bouffait ses biscuits tout seul en cachette mais partageait volontiers nos toblerones. Un néo-zélandais végétalien de 40 kilos tout mouillé, qui avait l'air de s'excuser d'être sur terre, et encore plus d'oser nous adresser la parole, qui parlait (anglais, pas un mot d'espagnol…) tout doucement et en avalant ses mots de timidité, disparaissant sous terre si on lui demandait de répéter parce qu'on n'avait pas compris ce qu'il avait dit (ce qui était le cas 9x/10), mais très gentil une fois que nous aurons réussi à l'apprivoiser un peu. Complètement dans son monde, ce qui lui vaudra le surnom de Pierrot-la-Lune. Et finalement, nous et nos toblerones.

Nous avons commencé à rouler sur le Salar d'Uyuni, une immense étendue de sel parfaitement plate. Au premier coup d’œil, on pourrait croire à de la neige. Il n’y a pas de route marquée, on peut rouler où on veut. L’épaisseur de sel atteint par endroits plus de cent mètres, et l’évaporation de l’humidité du fond dessine de jolies craquelures géométriques à la surface. Au milieu, « l’Ile du poisson », ainsi nommée à cause de sa forme, est couverte d’énormes cactus de plusieurs mètres de haut. Après le Salar, nous nous sommes engagés sur une route poussiéreuse, dans des paysages désertiques et magnifiques. Nous avons passé la nuit dans une très sommaire auberge où la température de l’eau du robinet comme de la « salle de bain » (il n’y a pas de douche ;-) me fait vite reconsidérer ma pougnéterie habituelle (désolée les non-Romands, je ne trouve pas d'équivalent en français!).

Le lendemain, nous roulons parmi des paysages extraordinaires, complètement désolés. On ne voit âme qui vive, hormis les conducteurs et touristes des jeeps des tours identiques aux nôtres. Nous longeons un volcan “fumerollant”, traversons des déserts de pierraille, d'autres de sable. Nous nous arrêtons pour dîner auprès d'un lac où il y a des flamants roses. Passons près d'un “arbre de pierre”, étrange formation géologique sculptée par le vent évoquant un arbre. Et terminons enfin la journée vers l'incroyable et inimaginable “Laguna Colorada”, un lac que des algues et des microorganismes colorent en rouge. Mais rouge vif, pas de vagues reflets rosés… Impressionnant! Allez voir les photos sur le blog, cela vaut la peine!

Lever avant l'aube dans une auberge encore plus sommaire et glaciale (heureusement, nos deux compagnes de voyage allemande et anglaise avaient négocié des bouillottes, dont nous avons aussi profité…), nous partons voir le lever du soleil sur les geysers. Il s'agit plutôt de fumerolles en fait, mais l'effet est beau dans la lumière de l'aube. Ensuite déjeûner près d'un lac auprès duquel se trouve un “bain thermal” (un trou rempli d'eau naturellement chaude), les courageux s'y baignent. Je n'en fais pas partie, il fait moins quelque chose dehors et je préfère les bains thermaux avec vestiaires chauffés… (la photo du blog où l'on me voit enterrée sous 2 odlo, un alpaca, 2 polaires, la polaire de ma veste, ma veste elle-même et un poncho, sans compter les moult écharpes, bonnets, gants, 2 paires de collants l'une sur l'autre etc. (l'énumération est exacte, pour une fois je n'ai pas exagéré ;-), c'est là!). Mais la lumière du matin sur le lac et les nombreux oiseaux qui le peuplent, la vapeur de l'eau chaude en contre-jour, les montagnes derrière, c'est magique! Dernier arrêt à la Laguna Verde, un lac très vert qui se détache sur les montagnes alentours en sable rouge, puis notre guide nous pose à la frontière chilienne. Il n'est que 10h du matin, l'Anglaise, l'Allemande, l'Américain, la cuisinière et lui ont 9 à 10h de piste devant eux pour rentrer à Uyuni. Pierrot-la-Lune passe aussi au Chili. En compagnie d'autres touristes eux aussi déposés par leur jeep, nous attendons au milieu de nulle part l'arrivée du bus, qui nous mène à la douane bolivienne, où les formalités prennent 15 secondes. Nous passons la frontière sans vraiment le savoir puisque le poste chilien est situé à l'entrée de la prochaine ville, mais il est pourtant difficile de ne pas le remarquer, même en plein désert: la route est soudain excellente, il y a des panneaux indicateurs et même des limitations de vitesse, que le chauffeur paraît respecter!

A l'arrivée à San Pedro de Atacama, nous partageons une chambre avec notre compagnon de voyage néo-zélandais et l'aidons à chercher un moyen de passer rapidement en Argentine. Le soir, nous participons à une excursion dans le désert organisée par un astronome français, qui après quelques explications théoriques enthousiastes nous montre les étoiles et les nébuleuses de l'hémisphère sud, d'abord à l'oeil nu puis au téléscope.

Antofagasta:

Ville escale dans laquelle personne ne s'arrête, nous y passons 24h en attendant notre vol pour Santiago. C'est la deuxième ville du pays, mais au niveau touristique il n'y a rien à voir, hormis la jolie vieille gare repeinte en vert pomme et les ruines de Huanchaca. Nous sommes d'ailleurs les deux seules touristes! Mais cet endroit a d'attachant ce que peuvent avoir les lieux sans attraction majeure, de ces villes qui vivent leur vie à elles sans se préoccuper de leur image… Les fameuses ruines de Huanchaca, dans tous les prospectus de la ville, sont surréalistes: se sont les ruines d'une énorme raffinerie d'argent de la fin du XIX et du début du XXème siècle, qui n'a fonctionné que très peu de temps. Le bus nous a déposé sur une sorte de terrain vague. Pas âme qui vive, pas de panneau, pas d'indications, pas d'entrée à payer non plus d'ailleurs. Nous finissons par trouver deux types qui discutent auprès de ce qui ressemble à une sorte de mini-kiosque (pour qui, pourquoi?) et qui nous indiquent un talus par où il y a moyen de descendre jusqu'au milieu des ruines. Sans explications, à part cette ambiance bizarre, c'est un peu frustrant. Nous continuons jusqu'au terrain vague d'en-dessous, et partons à la recherche, tout aussi surréaliste, du musée archéologique universitaire à travers tout le campus:

- Le musée? Mais il est juste là! - Non ça c'est le musée géologique et il est fermé une semaine. - Ah, c'est un musée géologique? Oui, vous avez raison… Le musée archéologique? Mais il est à San Pedro de Atacama! - Mais non, on en vient, il n'est pas là-bas! - Ah, vous venez de San Pedro, et vous êtes allées voir le musée, alors?

Nous renonçons et nous contentons de humer l'ambiance…

Mais avouons-le, ce doit être l'air de la ville qui pousse à dire des bêtises, puisque j'ai quand même réussi à en sortir une tellement énorme qu'elle va encore faire marrer les Antofagastiens quelques années: après deux mois de froid mais de soleil constant, il faisait soudain gris. Je regarde par la fenêtre, vois le ciel bas, et sors tout-de-go demander à la réceptionniste de l'hôtel, ma pèlerine à la main, si elle pense qu'il y a un risque qu'il pleuve. “S'il pleuvait à Antofagasta, ce serait un miracle”, me répondit-elle dignement. Puis, après un soupir: “Ce serait bien”. Dans le désert d'Atacama, il pleut une fois tous les 3 ou 4 ans… Selon les statistiques que je viens de trouver sur le Net, la dernière fois c'était 0.25mm le 26 avril 2005, la fois d'avant 0.51mm le 27 juillet 2004… Et avant plus rien jusqu'en août 2002 (!!!!), mais là il avait luxueusement plu 22mm! Un bon endroit pour mon grand-papa de Forel qui aime le sec…

Santiago:

A partir de là, nous arrivons en terrain plus ou moins connu, puisque j'étais déjà venue là en 2002 avec ma cousine Sophie et celui qui était à l'époque son copain, Frédéric (non non, pas de rupture tragique, rassurez-vous! J'ai dû retarder mon voyage pour leur mariage 2 jours avant mon départ à Quito…). Arrivée par les airs sous des trombes d'eau un peu déprimantes, nous n'étions plus habituées à la pluie après 2 mois de sec et des semaines de désert (il faisait moins froid, il faut bien avoir de quoi ronchonner!), nous avons consacré notre premier après-midi à la visite du splendide musée d'art pré-colombien (et à chercher des chaussures sans trous dessous pour Joëlle, désagréable et mouillée découverte à l'arrivée!). Mais ô miracle, nous nous sommes réveillées le lendemain sous un ciel bleu magnifique. Santiago est entourée de montagnes, couvertes de neige en plein hiver, particulièrement après toute l'eau tombée et durant cette vague de froid (vous ai-je dit que nous étions en pleine vague de froid? Les Santiaguinais ont froid, mais nous après les Hauts-Plateaux on rigole!). La vue depuis les collines de la ville est splendide! Nous visitons le musée des Beaux-Arts et le “parc des sculptures”. Joëlle profite aussi de ce passage dans une grande ville pour se faire couper les cheveux courts (moi j'aime bien, elle elle peste contre la mèche qui lui revient dans les yeux).

L'Ile de Pâques (Rapa Nui):

Etrange île volcanique, toute petite (25km de long) et loin de tout (3700 km du Chili, plus de 4000 de Tahiti), et pas bien haute (point culminant 511m). Très longtemps inhabitée, colonisée par des Polynésiens vers 400 après JC, elle a probablement vécu complétement en autarcie dès lors jusqu'à sa découverte par des Hollandais le jour de Pâques 1722. Il s'y est donc développé une culture spécifique, d'origine polynésienne mais ayant évolué différemment.

Il y a bien sûr les Moais, ces immenses statues dont vous avez probablement déjà vu des photos (sinon il y en a tooooouuuuuut plein sur le blog!) dont les plus hautes terminées faisaient 9m. Il y en a une de 21m abandonnée pendant sa construction dans la “carrière de Moais”: dans le flanc d'un volcan, c'est là qu'ils étaient sculptés. Le travail a cessé relativement brusquement lorsque des guerres de clans sont survenues, et il y en a plus de 300 qui sont restés en plan là-bas. Les Moais représentaient les ancêtres et veillaient sur les villages. C'est un travail titanesque, entre la taille (ils ne connaissaient pas le métal…), le transport sur des kilomètres, pour lequel il y a de nombreuses théories, et le redressement des statues une fois sur place. Outre la dimension spirituelle que les anciens Rapa Nui y voyaient, à l'heure actuelle celles qui ont été restaurées (donc redressées, toutes ont été abattues lors des guerres de clans) sont esthétiquement superbes. Ce d'autant que les ciels de l'Ile de Pâques sont magnifiques aussi (ça donne des photos kitsch, d'accord, mais comment faire autrement avec des lumières pareilles?).

A part les Moais, il y a eu ensuite le culte de l'Homme-Oiseau, pour lequel se déroulaient chaque printemps des cérémonies où un concours détérminait l'Homme-Oiseau de l'année: il fallait descendre la falaise qui sépare le cratère du Rano Kau de la mer, nager jusqu'à trois ilôts à quelques centaines de mètres de là, attendre l'arrivée des premières sternes (parfois quelques semaines…), ramasser le premier oeuf et le ramener le premier en haut de la falaise. Mais il faut avoir vu les vagues pour comprendre la difficulté du concours… Moi je ne vois déjà pas comment on peut survivre sans se faire écrabouiller contre la falaise par les vagues en revenant, mais alors réussir à ne pas casser un oeuf cru…

On y a passé une semaine, ce qui est beaucoup pour un si petit coin du monde, dans un ambiance très sympa: si les 2 ou 3 premiers jours on été très calmes puisqu'on étaient fatiguées et qu'on a perdu du temps pour orchestrer nos visites (notre voisine de chambre, vieille Santiaguinaise, était pleine de bonne volonté pour nous organiser plein de choses, mais elle perdait la boule, et il nous a fallu du temps pour évaluer l'ampleur des dégâts et décider si on pouvait ne plus tenir compte du tout de ce qu'elle organisait sans risque que ça fonctionne et qu'elle se retrouve toute seule!). Par la suite sont arrivés dans le même hôtel un Français, un Anglais, un couple de Réunionais (tous plus ou moins de notre âge) et un autre Anglais plus âgé, avec qui nous avons fraternisé, partage de cuisine oblige (les restaurants de l'Ile de Pâques sont hors de prix!). Je vous ferais bien une description un brin plus détaillée et colorée des différents personnages de l'histoire, mais ceux-ci sont en majorité francophones et ont suffisament gagné notre confiance pour obtenir l'adresse du blog, ce qui limite un tant soit peu ma marge de manoeuvre… ;-). Un jour, nous nous sommes regroupés pour un taxi et avons marché le long de la Côte Nord sur au moins 30 km ensemble (sans trop savoir où nous étions, et à la recherche désespérée du Moai perdu, ils n'étaient jamais indiqués!), ça crée des liens! Nous avons fini par manger et passer nos soirées tous ensemble, et l'ambiance était vraiement sympa. Très chouette. Trois jours après notre départ de l'Ile, il y en avait un toujours sur l'Ile de Pâques, un en Nouvelle-Zélande, un en France, deux à la Réunion et nous à Valparaiso… Drôle de monde!

Retour à Santiago pour quelques heures, puis nous sommes parties pour Valparaiso. La suite au prochain épisode (même si j'aurais déjà une semaine de plus à vous raconter le temps d'écrire et d'envoyer les photos de celui-là, mais sinon ce mail ne partira jamais!!!).

Je vous embrasse très fort, avec un bec particulier et tous mes voeux de bonheur aux deux mariés tout frais.

Laure

amerique_du_sud/de_la_paz_a_l_ile_de_paques.txt · Dernière modification : de marc

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