Outils pour utilisateurs

Outils du site


amerique_du_sud:de_lima_a_la_paz

La Paz, le 17 juillet 2006

17/07/06 04:28

Chers amis,

Voilà un petit bout de temps que vous n'avez plus de nouvelles… C’est que si les semaines passées ont été riches en belles découvertes, elles nous ont aussi apporté un certain nombre de surprises moins sympathiques. Joëlle a été malade (probable fièvre thyphoïde, même si les différents médecins consultés ne sont pas d’accord entre eux) et il lui a fallu deux semaines pour enfin « donner le tour ». Nous avons eu ensuite un accident de bus, dont nous nous sommes heureusement sorties avec quelques beugnes superficielles et le nez fissuré pour Joëlle, plus la peur de notre vie. Les personnes qui étaient assises plus en avant ont été plus sévérement blessées, mais personne n'est mort (ce n'est pas l'horrible accident qui a passé dans les journeaux suisses, même si le nôtre était à quelques centaines de km à peine et juste une semaine avant, et qu'il était déjà bien assez grave à notre goût…). Enfin nous avons perdu deux jours dans une grève qui a bloqué les routes du sud du Pérou.

Tout ça pour dire que nous avons quelque retard sur notre programme d'une part, et donc moins de temps à passer dans les cafés internet, et surtout que nous avons dû consacrer un nombre considérable d'heures en démarches administratives (notamment par internet) ou médicales!

Mais quelques récits de ce que nous avons découvert, quand même (ça remonte loin…):

Lima:

Après Huaraz, nous avons passé deux jours à Lima, ville géante dont je ne sais en fait pas quoi vous dire… Le centre colonial est assez joli, nous avons visité le musée de la Nation qui retrace toutes les civilisations précoloniales péruviennes, et le zoo où sont présentés les animaux du pays dans leur environnement naturel (c'est-à-dire par région: Selva = Amazonie, Sierra = les Andes et la Côte). J'ai flashé sur tous les félins, et ils sont nombreux (pumas, jaguars, panthères, chats sauvages, léopards magnifiques… Il y avait aussi de beaux tigres et lions, mais ceux-là on ne les trouve évidemment pas au Pérou!).

Pisco, Paracas, Ica, Huacachina:

Après Lima, nous avons suivi la Côte jusqu'à Pisco, d'où des excursions sont organisées vers les Iles Ballestas, surnommées “Galápagos du pauvre”. On est censés y observer moult oiseaux, otaries, dauphins, baleines et pingouins. Mouais. De fait si les îles en question sont de très beaux rochers, on y voit des oiseaux qui ressemblent à des mouettes, des otaries de loin et on devine deux pingouins à 500m. Par contre on a bien vu les dauphins, ça c'est vrai. Et Pisco est une ville qui souffre d'une tare abominable: en fin de journée, quand le vent se lève, les fabriques de farines de poisson qui la bordent l'enveloppent d'une odeur absolument pestilentielle! C'est ainsi qu'on retrouve des touristes égarés errant à 22h dans le seul supermarché encore ouvert à la recherche d'encens, de bougies sent-bon ou de n'importe quoi (qui n'existent pas, les habitants sont habitués, eux). Nous avons fini par mettre du parfum dans des bougies votives! L'excursion vers la réserve de Paracas n'est guère plus intéressante, hormis un petit musée que nous avons été les seules à visiter (nous mettant donc à dos tout le groupe qui a dû nous attendre!) et quelques flamants roses au loin en contre-jour, rien de bien passionnant. Il faut dire que, contrairement aux autres tours organisés que nous avions pris jusque-là, nous étions tombées sur un groupe franchement à baffer! Enfin, quoique au bord de la mer et près de l'Equateur, il y faisait un froid de canard et nous n'avons pas quitté notre anorak! Nous avons donc pris un bus pour Ica, à une heure de là, où un employé de la gare routière nous a dare-dare redirigé vers Huacachina, à 5 mn de taxi. Petite oasis en plein désert de dunes avec un lagon (petit lac), il n'y a que des hôtels, des bistrots et des terrasses. Mais, ô miracle, nous avions enfin trouvé un endroit où il faisait CHAUD! Qualité suffisante pour que nous décidions de rester un jour de plus à lire au soleil… même si les nuits, comme d'habitude dans le désert et absolument partout au Pérou, nécessitaient que nous ressortions notre bon vieil anorak! Le musée d'Ica, à 5 mn de là, s'est révélé très intéressant, avec ses tissus (malheureusement beaucoup ont été volés), ses momies, et son exposition de “paléo-pathologie” (un médecin a étudié les momies pour retrouver de quoi elles étaient mortes).

Nasca:

Je ne sais pas si ça vaut la peine de vous décrire les lignes de Nasca, vous en avez tous entendu parler et les avez tous déjà vues en photo. Elles sont vraiment magnifiques en vrai. La ville est moche, par contre, en plein désert, sans aucun charme, et où touriste=pigeon. C'est à Nasca que commence notre passage à vide multifactoriel, qui explique quelques jours de perdus. Nous y sommes restés deux jours, Joëlle au fond du lit, avant qu'elle ne se sente en état de fuir vers des cieux plus cléments.

Arequipa:

Par contre, Arequipa est une charmante ville. Les maisons y sont de pierres blanches, il y a plein de petites cours où sont installées de charmantes terrasses de bistrots (chose très rare en Amérique du Sud, où le concept “terrasse” n'est pas encore vraiment arrivé!), et la ville et dominée par le volcan Misti et par des montagnes enneigées. Quoique qu'on soit à 2300m, il ne fait étonnamment pas froid (le jour). Nous n'y avons rencontré que des gens sympas. Nous logions dans un petit hôtel avec un patio et un tenancier bavard, super-sympa et qui a été un parfait aide-infirmier après l'accident! Le monastère Santa Catalina est un petit paradis, c'est un ensemble de petites ruelles et de courettes, de cloîtres et d'escaliers, de fenêtres et de portes, le tout peint en bleu roi, en ocre ou en blanc, plein de plantes et de fleurs. Croisement de Grèce, Andalousie et Cinque Terre, c'est adorable. Il y a encore Juanita, la niña congelada, retrouvée au sommet de l'Ampato, vraisemblablement sacrifiée par les Incas à l'âge de 13 ans pour apaiser la colère du volcan voisin en éruption. Elle avait néanmois péalablement été droguée, assomée avant d'être enterrée. À plus de 5500m, son corps a été congelé, et elle a été retrouvée en bien meilleur état que toutes les momies qui sont désséchées. Un musée lui est dédié. Quant au célèbre Cañon del Colca, il est paraît-il magnifique. Je sais que certains parmi vous y sont arrivés (ils nous l'avaient chaudement recommandé ;-). J'espère qu'ils nous montreront leurs photos… nous on a celle de nos bleus et sparadraps respectifs en échange!

Cuzco:

Là, c'est nous les niñas congeladas… Si les journées sont plus ou moins clémentes, les nuits sont glaciales et les maisons restent glacées de jour comme de nuit! La ville est charmante, avec ses toits de tuiles rondes et ses maisons coloniales construites sur des restes de murs incas qui sont encore visibles un peu partout. Les nombreuses églises de la ville sont très belles extérieurement. Intérieurement, comme toutes les églises d'Amérique latine, elles sont très chargées sans beaucoup d'unité… Leur intérêt est qu'on y trouve beaucoup de tableaux et de statues de “l'école cusquénienne”, un courant artistique particulier intégrant beaucoup des particularismes incas (il y a souvent un inca à côté de la Vierge…), et que dans l'ensemble on y rencontre un énorme syncrétisme entre la religion catholique et les anciennes croyances incas!

Les sites incas des environs de Cuzco et de la Vallée sacrée sont magnifiques, et il m'est difficile de tous vous les décrire sans devenir fastidieuse… Outre les pierres soigneusement encastrées dont tout le monde a entendu parler, ils sont tous construits selon une symbolique très compliquée, et la plupart suivent un plan qui représente un animal vu du ciel ou d'une montagne des environs, le plus souvent sacré (condor, puma ou serpent). Il y a aussi toute une recherche astronomique qui fait que les rayons du soleil à l'aube par telle porte tombent pile sur telle pierre, etc etc. Tous les sites sont entourés de très nombreuses terrasses qui sculptent le paysage magnifiquement.

Machu Picchu:

Ce site archi-connu n'a rien perdu de sa beauté, même si sa fréquentation par des troupeaux de touristes (nous y étions un jour creux et avons donc eu beaucoup de chance) a conduit à la mise en place d'un système étatique très organisé pour racketter les visiteurs.

Parties à l'aube pour prendre le seul train par jour à 6h, nous avons mis 4h30 pour arriver à Aguas Calientes, le village le plus proche, à 2000m d'altitude et donc dans un climat plus clément que Cuzco (3500m). Nous avons alors escaladé le Putukusi, pain de sucre situé en face du Machu Picchu aux parois si verticales qu'une bonne partie de la montée se fait par des échelles en bois, dans une forêt dense et tropicale. Après 450m d'efforts, nous avions une vue plongeante et magnifique sur le site!

Le lendemain, à nouveau lever avant l'aube (quel bonheur…!) pour prendre le premier bus à 5h15. Nous voulions y être avant les foules et voir le lever du soleil (lequel fut caché par des nuages, qui heureusement se levèrent ensuite). Quelle vue superbe! Après avoir visité le site, nous sommes montées sur le Huayna Picchu, le sommet à côté (300m de montée, mais uniquement en escaliers, le dada des Incas… et pas le mien!). Vue splendidissime pour un pique-nique inoubliable!

De retour à Cuzco, nous y sommes restées coincées deux jours par une grève bloquant la route vers la Bolivie… Le temps de retourner voir Sacsahuamán que nous avions vu un peu trop à la va-vite à notre goût, de nous reposer un peu et de tenter de régler quelques-uns de nos nombreux problèmes administratifs.

Puno, Islas flotantes et lac Titicaca péruvien:

Après une nuit de bus glaciale, nous sommes arrivées au bord de ce lac splendide, bleu-bleu-bleu-bleu, magnifique. Nous ne l'avons jamais vu masqué par le moindre nuage sur les quelques jours où nous l'avons fréquenté… Les îles flottantes sont des îles artificielles, construites en totora, une sorte de roseau, et sur lesquelles les gens vivent de la pêche, de la chasse aux canards, et maintenant sur certaines aussi du tourisme. Pour une fois, on a l'impression qu'un certain équilibre a pu être trouvé avec le tourisme, d'ailleurs… tant et si bien qu'après la montée des eaux du lac liée au Niño de la fin des années 90 contraignant les habitants à se réfugier à terre, la plupart sont repartis vivre sur leurs îles. Le site archéologique de Sillustani regroupe des tombes en forme de tours de différentes époques pré-colombiennes. Il est surtout magnifique par le paysage qui l'entoure!

Copacabana, Isla del Sol et lac Titicaca bolivien:

Après cela, nous avons enfin passé en Bolivie (avec pas loin de 10 jours de retard sur notre programme, qu'il va nous falloir rattraper puisque nous avons un billet d'avion pour l'Ile de Pâques fin juillet à Santiago). Copacabana est une étonnante ville de type “plage et terrasse”, alors qu'il y fait plutôt froid, à part en plein midi (avec un anorak)! L'Isla del Sol (Ile du soleil) est un petit paradis: îlot sec dans un lac bleu roi, parsemé de ruines archéologiques, aucun véhicule à moteur n'y circule et tous les déplacements s'y font à pied, par de beaux chemins dallés antiques. Le paysage y fait penser aux Cyclades, hormis les sommets enneigés de la Cordillera Real au loin (et les anoraks des passants). Il reste par contre encore pas mal de travail à faire pour passer des baraques en tôle aux jolies maisons peintes à la chaux, mais bon…

La Paz:

La capitale bolivienne est une ville assez bizarre, où il est difficile de trouver ses repères (contrairement aux autres villes de ce continent, on n'arrive pas à reconnaître les quartiers où il vaut mieux éviter de se balader la nuit des autres…). Le Marché de la sorcellerie qui vend des foetus de lamas à enterrer sous sa future maison et diverses potions à côté de moult articles d'artisanat pour les touristes paraît glauque au premier coup d'oeil, mais on y trouve des hôtels de luxe! Il n'y a pas grand chose à visiter dans cette ville à part les nombreux marchés et l'ambiance à humer. Et plein de musées, mais que nous n'arrivons pas et n'arriverons probablement pas à voir, vu leurs horaires d'ouvertures impossibles à concilier avec nos obligations logistiques! Ceci dit, dans les autres étrangetés de la Paz et de la Bolivie, il y a la logique bolivienne… C'est fou comme une petite ligne traitillée sur une carte change beaucoup de choses! La vie peut être trèèèèèèès compliquée ici. Un exemple: vous voulez pique-niquer. Vous êtes deux, et voulez donc 4 petits pains. Vous avisez une dame assise devant un énorme tas de petits pains frais. Las: c'est 3 petits pains pour 1 Boliviano. Bon, ben alors 4 pour 1.30, et si vraiment elle ne veut pas nous faire de rabais on paiera 1.40… Eh ben non. C'est 3 pour 1. Indivisible. Point. C'est comme ça. Une fois c'est drôle, mais toute la journée, ça use…

Takesi:

Là nous avons entrepris de compenser notre échec au Chemin de l'Inca péruvien par le Chemin de l'Inca bolivien. Je suis partie gringe parce qu'après Huaraz (cf précédent message) je commence à me méfier des dénivellés made in Amérique Latine, et que s'ils nous avaient parlés de 500 à 600m, on avait trouvé 800 à 1000 sur la carte (que cette fois-ci on avait épluchée). Et que bon, moi le camping déjà bôf, mais en plus à 4000m, une fois bon, mais 2… Bref, comme y'avait personne d'autre et que si j'y allais pas, Joëlle pouvait pas le faire, j'ai suivi en grognant. Pourtant, cette fois, erreur dans l'autre sens, il n'y avait que 400m de montée. Par contre, sacrée descente de l'autre côté, sur les Yungas, les vallées qui descendent sur le versant amazonien des Andes. A mesure qu'on descendait, le paysage se modifiait, avec de plus en plus de végétation, c'était magnifique. Rien à dire à part une nuit bien plus glaciale qu'à Huaraz puisqu'il n'y avait pas de neige pour isoler (paradoxal mais vrai…) et un passage un peu craignos à côté d'un incendie de broussaille en train d'atteindre le chemin à notre arrivée. De toute façon nous n'avions pas le choix, c'est le seul et unique chemin de la vallée, dans une paroi impraticable hors du sentier. Si on ne passait pas, on remontait 1 jour et demi de descente ou on attendait que ça s'éteigne… Le triste de l'histoire est que nous avons parlé avec les paysans du coin après, et qu'ils pensaient que l'incendie était criminel. Ils craignaient que ça n'atteigne leurs déjà très pauvres cultures. De loin, on a ensuite vu l'incendie s'étendre de plus en plus, et vu les flammes qu'on a vu briller dans la nuit, on craint que ce ne soit le cas.

Demain nous partons visiter le site de Tiwanaku, puis nous nous envolerons pour Sucre.

Voilà, un mail bien long mais pour un récit de plus d'un mois de voyage, il était difficile de faire court…

Je vous embrasse tous.

Laure

amerique_du_sud/de_lima_a_la_paz.txt · Dernière modification : de marc

Donate Powered by PHP Valid HTML5 Valid CSS Driven by DokuWiki